Bienvenue à Madagascar

// Bienvenue à Madagascar

Franssou Prenant // France // 2015
// 102 min // Couleur //

Jaquette Bienvenue à Madagascar

LE 15 MARS AU CINÉMA

Vues de ma fenêtre-caméra au cours d’aventures urbaines, des images d’Alger où, enfant, au sortir de l’Indépendance, j’ai appris la liberté, et dont quelques décennies plus tard, immigrée à l’envers et exilée volontaire, j’ai fait ma ville d’élection ; j’étais alors « épouse de la république de Madagascar » comme le disait la page de gauche de mon passeport quand la page de droite précisait « de l’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire ».
Non incarnées, des paroles off, intervenant les unes sur les autres, rencontres simultanées de voix polyphoniques, planent sur Alger, la traversent, l’habitent.

PROGRAMME DES PROJECTIONS AU REFLET MEDICIS

Mardi 14 mars // 20h - Avant-première : séance suivie d'une discussion avec Lili Hinstin, déléguée générale du festival Entrevues Belfort et Franssou Prenant

Mercredi 15 mars // 13h50 : première du film, présenté par René Schérer, philosophe et Franssou Prenant

Jeudi 16 mars // 20h : séance suivie d'un débat avec Saad Chakali, critique et Franssou Prenant

Vendredi 17 mars // 20h : sénce suivie d'un débat avec Hamé(La Rumeur, Les Derniers Parisiens) et Franssou Prenant

Samedi 18 mars // 16h : I am too sexy for my body, for my bo-o-ody, puis rencontre avec Jean-Pierre Thorn, réalisateur et Franssou Prennant

Lundi 20 mars // 20h : séance suivie d'un débat avec Nicole Brenez, historienne, théoricienne et programmatrice de cinéma, et Franssou Prenant

Mardi 21 mars // 16h : L'Escale de Guinée suivie de Bologna Centrale de Vincent Dieutre, puis rencontre avec les réalisateurs

Séances au REFLET MEDICIS (3 rue Champollion - Pars 5)

NOTE D'INTENTION DE LA RÉALISATRICE

Le film n’est pas sur Alger mais à partir d’images d’Alger, que je connais assez bien quoiqu’imparfaitement, dans la mesure principale où je ne parle toujours pas l’algérien, ayant toujours vécu dans un milieu francophone, (et il n’y a pas de cours d’arabe dialectal, j’avais suivi des cours d’arabe classique, mais on m’a découragée : arrête de parler le Coran, parle français comme tout le monde). Des images d’Alger, vues au cours d’aventures urbaines ou tournées en épluchant quartiers et recoins, (que je connais, ai aimés et hantés), un à un (ce qui laisse encore une bonne part au hasard) : les rues, les quidams qui les occupent, la mer, les cimetières, les marchés, les fragments de nature semés dans l’architecture (importante car elle signe la période coloniale), les enfants, les chats, le port, les assis….

Pas d’entretiens, pas d’interviews filmés. Mais des voix off, des paroles, en surnombre, issues d’entretiens et de conversations qui évoquent : les répressions similaires menées par la France en Algérie et à Madagascar ; l’amour et comment il est (im)praticable ; la religion sa prégnance et son refus ; les mœurs donc ; le passé, plus riche, disparu, évacué ; les guerres (celle avec la France et la civile contre le terrorisme) ; le quotidien et la banalisation - mondialisation du paysage urbain ; la cinémathèque et plus généralement la culture qui tend à se faire rare ; les prostituées des cités pétrolières ; les immigrés espagnols du franquisme et les réfugiés politiques des « pays frères » dans les années 70 ; l’école sous la colonie… Les paroles, les conversations, sont montées en canon ou en fugue, interférant les unes avec les autres, intervenant les unes sur les autres, se superposant dans la mesure de l’audible, rencontres simultanées de voix différentes, de telle façon qu'on en saisisse les phrases, mots, intonations que je veux privilégier et faire entendre, politique et souvenirs, éthique et rigolade, colonialisme et marasme actuel, de telle façon aussi qu’elles fabriquent une musique ; et ces paroles imbriquées, manifestant le présent et faisant ressurgir le(s) passé(s) et l'histoire, créent un mouvement entre avant et maintenant, et, décalées, amplifient les images, leur donnent un supplément d'être. Les locuteurs sont des amis ou des connaissances, des jeunes, des plus âgés, et des vieux, comme mon père géographe, spécialiste de l’Algérie.

Le film est donc cet agencement des images et des sons (ceux ci ne présentant pas de rapports directs avec celles là, ni explicatifs ni commentateurs ) construit au montage, les images glissant d’une facture « poétique » vers l’abstraction produite par leur assemblage en contretemps avec les paroles, même si les unes comme les autres sont chargées de réel et de désirs ; un film polyphonique et décentré qui, au delà d'une description d'Alger, traite du monde, de l'histoire, coloniale aussi bien sûr, de la lumière et de sa beauté, de la déambulation et de la contemplation. J’y suis à ma place (privilégiée car j'ai vécu une existence à part durant ces 10 ans de séjour), à travers une voix off, qui fait des va et vient entre les deux périodes où j’ai habité en Algérie, c’est à dire entre mon enfance et les dix dernières années, et qui investit d’autres territoires tant géographiques que mentaux. 

Cette voix off fonctionne en répons ou contrepoint aux conversations et entretiens surchargés d’eux mêmes.

BIO

Françoise Prenant est l’un des foyers secrets de la cinématographie d’auteur en France. Réalisatrice, scénariste, monteuse, actrice, opératrice, muse, elle s’ébat aussi bien devant que derrière une caméra ; aussi bien dans ses rôles chez autrui (Jacques Kebadian, Raymond Depardon, Romain Goupil...) que dans ses propres autoportraits à contre-jour, reflets allégoriques ou mises bord-cadre. [...] Sa cause motrice, la liberté inconditionnelle, commence par s’affirmer dans le champ des sexualités (Paradis perdu, 1975, Habibi, 1983), puis se déploie sur trois continents (Europe, Afrique, Asie) avec une prédilection manifeste pour ce que la génération précédente avait nommé « Tiers Monde », dont elle recueille les éclats et soubresauts une fois les empires écroulés. Guinée, Syrie, Liban, Algérie, sous ses yeux insatiables scintillent les océans, s’engouffrent les visages et les fantômes, advient le prodige des rencontres : même cadré par ces innombrables fenêtres que les films prennent soin de mettre en évidence, le monde entier semble sans frontières, un royaume cinétique où les habitants se relèvent d’une catastrophe en s’ébrouant pour dissiper la mélancolie. [...] Fictions comme documentaires, les films de Franssou Prenant exposent des fables de la vision, d’une vision qui embrasse au même titre le passé et l’immédiat. [...]

Nicole Brenez

PRESSE

"La voix de Franssou Prenant, puis d'autres, d'âges, de timbres et d'accents multiples. Ces voix se succèdent, parfois s'entrelacent. Jamais incarnées par des corps à l'écran, on est en présence d'une polyphonie dont Alger est l'énonciatrice. Ce choeur urbain dialogue avec des images réalisées en Super-8, des prises de notes visuelles dégageant une sensualité profonde ainsi que la grande familiarité de la cinéaste avec les lieux. Paroles, sons et images forment un réseau complexe d'écarts et de correspondances ; Bienvenue à Madagascarconvie à une exploration rêveuse et lucide à travers les temporalités d'une ville qui transpire l'Histoire, ses utopies déçues et ses blessures. Certaines sont encore béantes, d'autres s'ouvrent de nos jours." -Arnaud Hée 

Franssou Prenant ne trace pas une voie, elle cherche à saisir les multiples ramifications qui fondent une cité, quitte à en raviver les douleurs, sous le prisme, toujours, de l’intelligence et de la présence -Morgan Pokée // Critikat

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Actualité

Première mondiale à Cinemed le 24 octobre, puis première Internationale à Jihlava le 29 octobre. Nous sommes très heureux pour ce premier long métrage de Maria Kourkouta et Niki Giannari réalisé dans l'énergie et l'urgence. Cinemed et JIDFF

Un grand bravo à David Kremer et à toute son équipe pour Seuls, ensemble, qui remporte un 3ème prix après Traces de Vie et le Festival International de Nancy. Merci au jury présidé par Jean-Paul Rappeneau et composé de Philippe Huet, écrivain, Marie Kremer, comédienne, Henri Labbé, décorateur de cinéma, Rozenn Le Bris, directrice artistique du festival littéraire du Havre, Le Goût des Autres !

Nous félicitons chaleureusement David Yon, réalisateur de La nuit et l'enfant et David Kremer, réalisateur de Seuls, ensemble qui ont reçu chacun à quelques jours d'intervalle le Prix spécial du jury au Festival Fronteira du Brésil pour La nuit et l'enfant et au Festival International de Nancy-Lorraine pour Seuls, ensemble.


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